600 km avec son âne, l’incroyable marche d’une Creusoise

C’est l’histoire d’une marche d’un autre temps. Mi-septembre, Catherine Varoqui, une ex-maraîchère d’une cinquantaine d’années, a accompli un vieux rêve : rallier Faux-la-montagne (Creuse) à Arradon (Morbihan) uniquement à pied, soit environ 600 km. Journaliste indépendant souvent à vélo, j’ai eu la chance de filmer une partie de son périple sur les routes du Morbihan (voir la vidéo). Cette marcheuse a pu compter sur le soutien de ses fidèles compagnons de route, un âne et un chien, pour rejoindre sa soeur résidant en Bretagne. Depuis quelques années, elle s’adonne régulièrement à des randonnées ‘d’une à deux semaine” mais elle ne s’était jamais aventurée aussi loin et aussi longtemps. “J’avais envie depuis très longtemps de faire un voyage au long cours, car j’adore la marche et le plaisir d’être au contact des animaux”, raconte-t-elle. Sous une chaleur parfois écrasante, elle traverse la Creuse en direction de la Souterraine, elle rallie le parc régional de la Brenne, elle longe les bords de la Loire jusqu’à Nantes qu’elle évite par le nord. Elle fait une halte à la ZAD de Notre-dame-des-Landes puis elle reprend la route vers le Golf du Morbihan.

Un voyage semé d’embûches

Que retient-elle de son incroyable périple ? Elle évoque un voyage semé d’embûches, “difficile, bruyant et stressant” lors du franchissement d’agglomérations ou de voies express, par exemple. Elle se souvient de pistes cyclables fermées aux véhicules motorisés par des barrières et donc peu accessibles pour des marcheurs avec des animaux. “Des fois, tu passes, des fois tu ne passes pas !”. Si elle a pu récupérer des circuits de grande randonnée (GR) en pleine nature, elle a souvent dû emprunter des routes très fréquentées. Elle jette un regard très critique sur les aménagements urbains des périphéries des villes largement en faveur des gros véhicules.

Catherine Varoqui compare sa marche à une époque où la population se déplaçait principalement à pied sur de longue distance. “Je pense souvent aux gens qui marchaient pour rallier un point à un autre. Il y avait une tradition de la personne qui marchait par conviction philosophique ou religieuse comme les cheminots ou les commerçants. Ils n’avaient pas le problème des voitures et on ne les considérait pas comme des bêtes curieuses”. Tout au long de son périple, la vieille dame a parfois souffert de comportements intrusifs d’automobilistes et de piétons s’attroupant autour d’elle et de ses animaux comme une bête de foire. “Il m’est arrivé plusieurs fois que les gens me prennent en photo et repartent sans dire ‘bonjour’. On m’a souvent considéré comme une attraction, une chose folklorique. Et j’ai parfois ressenti du mépris de classe’”.    

Originaire d’Alsace, Catherine Varoqui vit depuis une trentaine d’années dans la Creuse, à Faux-la-Montagne. Après diverses expériences professionnelles (télé locale, coopérative bois), elle décide de se lancer dans le maraîchage en s’appuyant sur des ânes pour travailler la terre (traction animale). Elle produit une petite récolte de légumes qu’elle vends dans des marchés locaux. Mais elle en dégage que de faibles revenus. Début 2020, elle décide de mettre fin à cette activité pour se concentrer sur l’élevage d’ânes.